Le pilier 3b : l'épargne libre, sans blocage et sans déduction

Le pilier 3b est le plus mal nommé des trois : ce n'est pas un produit qu'on souscrit, c'est une catégorie fiscale qui englobe presque toute votre épargne. Comprendre ça évite de se faire vendre un « 3b » comme s'il s'agissait d'un placement en soi.

6 min de lecture

Le système suisse repose sur trois piliers. Le troisième, la prévoyance individuelle, se divise en deux : le 3a, dit « lié », et le 3b, dit « libre ».

Le 3a est un cadre étroit et défini : des formes reconnues, un plafond de versement, un blocage, une déduction fiscale. Le 3b, lui, est ce qui reste — et c’est là que la confusion s’installe.

Le 3b n’est pas un produit

C’est une catégorie. Votre compte épargne est du 3b. Votre compte-titres est du 3b. Votre appartement de rendement est du 3b. L’assurance-vie que vous avez signée hors cadre lié est du 3b.

Ce qui définit le 3b, c’est ce qu’il n’est pas : il n’est ni obligatoire (contrairement au 1ᵉʳ et au 2ᵉ pilier), ni lié (contrairement au 3a).

La conséquence pratique est importante quand on vous propose « un 3b » : la question n’est jamais « est-ce que le 3b est un bon produit », mais « quel produit précis me propose-t-on, et qu’est-ce qu’il fait ? ». « 3b » ne décrit pas plus un placement que « meuble » ne décrit une chaise.

Ce qui le sépare du 3a

3a (lié)3b (libre)
Plafond de versement7’258 CHF (ou 36’288 sans 2ᵉ pilier)Aucun
Déduction du revenuOui, intégrale dans le plafondNon (voir ci-dessous)
DisponibilitéBloqué, cas de sortie définisDisponible
Bénéficiaires en cas de décèsOrdre fixé par l’ordonnanceLibre, dans les limites du droit successoral
Qui peut y verserPersonne avec revenu soumis à l’AVSTout le monde

Les deux dernières lignes sont sous-estimées. Dans le 3a, l’ordre des bénéficiaires est imposé par l’ordonnance : conjoint d’abord, puis descendants, etc. Vous ne pouvez pas en faire ce que vous voulez. Dans le 3b, vous désignez librement le bénéficiaire — sous réserve des règles sur les réserves héréditaires. Pour un couple non marié, cette différence est loin d’être théorique.

La fiscalité, sans raccourci

Pas de déduction du revenu pour les versements — c’est la contrepartie de la liberté. Une nuance existe cependant : la plupart des cantons prévoient une déduction générale pour primes d’assurance et intérêts de capitaux d’épargne, dans laquelle une prime d’assurance-vie 3b peut entrer. Mais cette déduction est plafonnée à un montant modeste et elle est souvent déjà saturée par les primes d’assurance maladie. En clair : ne comptez pas dessus comme argument principal, et vérifiez le barème de votre canton avant de tenir un raisonnement fiscal.

Impôt sur la fortune : ce que vous détenez en 3b entre dans votre fortune imposable, contrairement aux avoirs de prévoyance liée.

Impôt sur le revenu : les intérêts et dividendes sont imposés comme revenu, l’année où ils sont perçus. Les gains en capital privés, eux, ne le sont en principe pas — c’est la particularité suisse.

À la sortie : pas d’imposition séparée à taux réduit comme pour le 3a, puisqu’il n’y a rien à « débloquer ». Les règles applicables dépendent du produit — une assurance-vie a son propre traitement, différent d’un compte-titres.

Quand le 3b a du sens

Trois situations où la question mérite d’être posée :

Le plafond du 3a est déjà rempli. Si vous versez déjà 7’258 CHF par an et qu’il reste de la capacité d’épargne, la suite se passe forcément en 3b — sous une forme ou une autre.

Vous avez besoin de disponibilité. L’argent bloqué jusqu’à cinq ans avant l’âge de référence ne finance ni un projet à sept ans, ni un imprévu.

Vous voulez choisir votre bénéficiaire. Concubinage, famille recomposée, personne à charge sans lien de parenté : la liberté de désignation du 3b répond à des situations que le 3a ne couvre pas.

Et une situation où il faut se méfier : quand on vous présente une assurance-vie 3b en mettant en avant un « rendement garanti » ou une « fiscalité avantageuse » sans détailler les frais et la valeur de rachat des premières années. Comme pour le 3a assurance, ces contrats concentrent leurs frais au début : une résiliation anticipée vous fait récupérer moins que ce que vous avez versé. Demandez le tableau des valeurs de rachat année par année avant de signer, systématiquement.

Ce qu’il faut retenir

Le 3b n’est pas un placement, c’est tout ce qui n’est ni obligatoire ni lié. Sa liberté a un prix : pas de déduction du revenu, et une entrée dans la fortune imposable. Elle a aussi une valeur réelle : disponibilité immédiate, aucun plafond, et surtout le choix du bénéficiaire.

Si quelqu’un vous propose « un 3b », la seule bonne question est : lequel, avec quels frais, et pour quel besoin exactement.

À lire ensuite

Dans la même série : Le 3ᵉ pilier en Suisse : le guide complet