Combien mettre sur son 3ᵉ pilier — et d'où sortent vraiment les 7'258 CHF
Tout le monde connaît le chiffre de 7'258 CHF, presque personne ne sait d'où il sort. Le comprendre change la façon dont on lit l'actualité du 3ᵉ pilier — et permet de repérer une erreur qui circule beaucoup cette année.
Le plafond du 3ᵉ pilier a une tête bizarre. 7’258 francs — pas 7’000, pas 7’500. Ce n’est pas un chiffre négocié : c’est le résultat d’un calcul, et ce calcul explique beaucoup de choses.
Le plafond n’est pas un montant, c’est un pourcentage
L’ordonnance ne fixe pas de somme en francs. Elle fixe une proportion de la limite supérieure du salaire LPP :
- si vous êtes affilié à une caisse de pension : jusqu’à 8 % de cette limite ;
- si vous n’êtes pas affilié : jusqu’à 20 % de votre revenu d’activité lucrative, mais au maximum 40 % de cette limite.
La limite supérieure du salaire annuel LPP est de 90’720 CHF. Faites le calcul :
- 8 % × 90’720 = 7’257.60, arrondi à 7’258 CHF
- 40 % × 90’720 = 36’288 CHF
Voilà d’où viennent les deux chiffres que vous voyez partout.
La conséquence directe : non, les plafonds n’ont pas augmenté en 2026
C’est le point pratique. Puisque le plafond du 3a est un pourcentage de la limite LPP, il ne bouge que si la limite LPP bouge. Et la limite LPP suit l’évolution des rentes AVS.
Or l’OFAS écrit noir sur blanc, dans le document qui fixe les montants applicables dès le 1ᵉʳ janvier 2026 : « Aucune modification des montants par rapport au 1ᵉʳ janvier 2025 », et précise que c’est vrai malgré l’introduction de la 13ᵉ rente de vieillesse AVS.
Autrement dit : les articles qui annoncent des « nouveaux plafonds 2026 » ou une « revalorisation liée à l’inflation » se trompent. Les montants sont identiques à ceux de 2025. Si vous avez calibré vos versements l’an dernier, vous n’avez rien à changer.
C’est le genre de détail qui distingue une source qui vérifie d’une source qui recopie.
Le cas des indépendants : deux plafonds, pas un
Pour qui n’a pas de 2ᵉ pilier, la règle a deux étages, et on ne retient souvent que le second :
jusqu’à 20 % du revenu, mais au maximum 36’288 CHF
C’est le plus petit des deux qui s’applique. Avec 80’000 CHF de revenu d’activité, votre plafond n’est pas 36’288 : c’est 20 % de 80’000, soit 16’000 CHF. Il faut environ 181’000 CHF de revenu pour que les 20 % atteignent le plafond absolu.
Beaucoup d’indépendants versent moins qu’ils ne pourraient. Quelques-uns versent plus que leur plafond réel et découvrent le problème à la taxation.
Estimer son économie d’impôt : la méthode
L’économie ne dépend pas du montant versé seul. Elle dépend de votre taux marginal — le taux qui s’applique au dernier franc de votre revenu :
Économie ≈ montant versé × taux marginal (fédéral + cantonal + communal)
Deux personnes qui versent 7’258 CHF n’économisent pas la même chose. Celle dont le revenu la place à un taux marginal de 25 % économise environ 1’800 CHF ; celle qui est à 35 %, environ 2’500 CHF. Le versement est le même, l’effet ne l’est pas.
Trois conséquences pratiques :
- Plus votre revenu est élevé, plus le 3a est rentable fiscalement. Ce n’est pas une opinion, c’est de l’arithmétique.
- Une année de revenu exceptionnel (bonus, indemnité) est une année où remplir le plafond rapporte davantage.
- Le couple compte double. Si les deux conjoints exercent une activité lucrative et cotisent chacun à une forme reconnue, chacun a droit à la déduction. Deux plafonds, pas un partagé.
Pour un chiffre réel, il faut le barème de votre commune — le taux marginal varie fortement d’un canton à l’autre, et à l’intérieur d’un même canton. Un simulateur cantonal ou votre dernière taxation vous donneront une base bien plus fiable qu’une moyenne suisse.
Le plafond n’est pas un objectif
Une dernière chose, parce qu’elle passe souvent à la trappe dans les articles sur le 3ᵉ pilier : remplir le plafond n’est pas automatiquement la bonne décision.
L’argent versé au 3a est immobilisé jusqu’à la fenêtre de retrait, sauf cas précis. Verser 7’258 CHF alors qu’on n’a pas de fonds d’urgence, ou qu’on porte une dette à taux élevé, revient à bloquer de l’argent dont on pourrait avoir besoin le mois suivant — et à devoir emprunter plus cher à côté.
L’ordre qui fait consensus en planification financière est simple : d’abord un coussin de sécurité disponible, ensuite les dettes coûteuses, ensuite seulement l’optimisation fiscale. Le 3a est un excellent troisième réflexe. C’est rarement le premier.
Ce qu’il faut retenir
Le plafond du 3ᵉ pilier est 8 % de la limite supérieure LPP pour les salariés affiliés (7’258 CHF), et 20 % du revenu plafonnés à 40 % de cette limite pour les autres (36’288 CHF au maximum). Ces montants sont inchangés par rapport à 2025, contrairement à ce qu’on lit souvent.
Ce que vous économisez dépend de votre taux marginal, donc de votre canton et de votre commune — et remplir le plafond n’a de sens qu’une fois vos liquidités et vos dettes en ordre.
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