La règle 50/30/20 : utile comme point de départ, fausse comme objectif

C'est la règle de budget la plus citée au monde. Elle a un vrai mérite — donner une structure — et un vrai défaut : ses proportions viennent d'un pays où l'on ne paie ni prime LAMal ni loyer genevois.

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L’idée tient en une ligne. Sur vos revenus nets :

  • 50 % pour les besoins — loyer, primes, courses, transports, tout ce qui tombe que vous le vouliez ou non ;
  • 30 % pour le plaisir — sorties, loisirs, voyages, abonnements ;
  • 20 % pour l’avenir — épargne, remboursement de dettes, placements.

Sa force n’est pas dans les chiffres. Elle est de faire exister trois enveloppes distinctes au lieu d’un seul compte où tout se mélange, et de poser que le plaisir a sa place dans le plan — ce qui rend la règle tenable, là où les budgets purement restrictifs sont abandonnés en trois mois.

Pourquoi les 50 % ne tiennent pas ici

La règle vient des États-Unis. Elle n’a pas été calibrée pour un ménage de Suisse romande, et deux postes suffisent à faire dérailler la première enveloppe.

Le logement. Dans l’arc lémanique, un loyer absorbe fréquemment à lui seul une part considérable du revenu net. La règle prudentielle souvent citée — ne pas dépasser un tiers du revenu — est déjà difficile à respecter à Genève ou à Lausanne.

Les primes d’assurance maladie. C’est la spécificité suisse que tous les budgets importés ignorent : la LAMal n’est pas prélevée sur le salaire, elle est facturée à part, par personne, enfants compris. Pour une famille, c’est une ligne majeure du budget, et elle est incompressible.

Ajoutez les acomptes d’impôts, qui ne sont pas retenus à la source pour la majorité des résidents, et l’enveloppe « besoins » d’un ménage suisse dépasse très souvent 50 %.

Cela ne rend pas la règle inutile. Cela veut dire qu’il faut la lire comme une structure, pas comme une cible : si vos besoins pèsent 65 %, votre partage réel est peut-être 65/15/20 — et l’important est que la troisième enveloppe existe.

Ce qu’il faut garder, et ce qu’il faut jeter

À garder : les trois enveloppes. Séparer physiquement ce qui est destiné à l’avenir de ce qui est disponible pour vivre est ce qui fait toute la différence. Un virement automatique le jour de la paie vaut mieux que n’importe quel tableau de suivi.

À garder : le principe que le plaisir est budgété. Une enveloppe « plaisir » assumée est ce qui empêche le budget de craquer. Sa taille est négociable, son existence beaucoup moins.

À jeter : les proportions exactes. 50/30/20 est un slogan mnémotechnique, pas un résultat d’étude sur les ménages suisses. Si vous vous flagellez de ne pas y arriver, vous vous comparez à un pays qui n’a ni la même structure de coûts, ni le même système de santé.

À jeter : l’idée que 20 % est un minimum moral. Selon l’âge, le revenu et la situation, 10 % peuvent être un excellent effort, et 30 % une évidence. La comparaison utile est avec vous-même l’an dernier.

Comment découper le 20 %

C’est là que la règle s’arrête et qu’il faut prendre le relais. L’enveloppe « avenir » n’est pas un bloc, elle a un ordre :

  1. Le fonds d’urgence d’abord, jusqu’à trois à six mois de dépenses. Tant qu’il n’est pas constitué, il passe avant tout le reste.
  2. Les dettes coûteuses ensuite. Rembourser un crédit à la consommation offre un rendement certain, égal à son taux — que peu de placements égalent, et sans aucun risque.
  3. La prévoyance et les placements enfin, selon votre horizon et votre situation fiscale.

Cet ordre n’a rien d’arbitraire : chaque étape rend la suivante plus solide.

La seule chose qui compte vraiment

Si vous ne deviez retenir qu’un point de tout cet article, ce serait celui-ci, et il n’a rien à voir avec des pourcentages : automatisez.

Un virement programmé le jour du salaire, vers un compte distinct, produit plus de résultats que n’importe quelle discipline mensuelle. Ce qui reste sur le compte courant se dépense — pas par manque de volonté, simplement parce que c’est disponible.

Un montant modeste prélevé automatiquement chaque mois bat un gros effort ponctuel décidé en fin d’année. Toujours.

Ce qu’il faut retenir

La règle 50/30/20 est un bon cadre et de mauvaises proportions pour la Suisse : loyer et primes LAMal font exploser l’enveloppe « besoins » bien au-delà de 50 %.

Gardez la structure en trois enveloppes, oubliez les chiffres exacts, et concentrez-vous sur deux choses : que la part « avenir » existe, et qu’elle parte automatiquement le jour de la paie.

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