Or et bitcoin en période de crise : deux comportements très différents

« Or numérique » : l'expression est devenue banale. Elle repose sur une analogie de raretés — et l'analogie s'arrête là où les faits commencent, c'est-à-dire au comportement observé pendant les crises.

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Les deux actifs partagent des traits : aucun rendement, aucune entreprise derrière, une quantité limitée, et une valeur qui repose uniquement sur ce que d’autres accepteront de payer.

C’est de là que vient l’expression « or numérique ». Le problème est qu’une ressemblance de nature ne produit pas nécessairement une ressemblance de comportement — et c’est le comportement qui compte quand on cherche un refuge.

Ce qu’on appelle une valeur refuge

Un actif refuge n’est pas un actif qui monte toujours. C’est un actif vers lequel les investisseurs se tournent quand ils ont peur, et qui de ce fait tend à ne pas baisser en même temps que le reste.

Le critère est donc précis : que fait-il le jour où les marchés d’actions s’effondrent ?

Ce que montrent les épisodes récents

Mars 2020, choc initial de la pandémie. Presque tout a baissé en même temps, y compris l’or — phénomène classique de crise de liquidité, où les investisseurs vendent ce qui est vendable pour couvrir leurs positions. Mais l’or a récupéré rapidement et poursuivi sa hausse. Le bitcoin, lui, a perdu environ la moitié de sa valeur en quelques jours, dans le même mouvement que les actifs les plus risqués.

2022, remontée rapide des taux d’intérêt. Les actions technologiques ont fortement corrigé. Le bitcoin les a suivies, avec une amplitude supérieure. L’or, lui, a globalement mieux résisté.

Le constat qui se dégage de ces épisodes est régulier : le bitcoin s’est comporté comme un actif risqué, pas comme un refuge. Quand l’appétit pour le risque diminue, il baisse — souvent plus que les actions.

Pourquoi cette différence

Trois explications, sans qu’aucune ne soit définitive.

L’ancienneté. L’or est utilisé comme réserve de valeur depuis des millénaires et détenu par les banques centrales. Le bitcoin a une quinzaine d’années d’existence et n’a traversé qu’un nombre limité de cycles économiques.

Le profil des détenteurs. L’or est largement détenu par des institutions et des États à des fins de réserve. Le bitcoin est davantage détenu par des investisseurs à la recherche de performance — et ce sont eux qui vendent en premier quand le climat se dégrade.

La sensibilité aux taux. Le bitcoin s’est montré très réactif aux conditions de liquidité : il monte quand l’argent est abondant et bon marché, il baisse quand les taux montent. C’est le comportement d’un actif de croissance, pas d’une assurance.

Les précautions d’usage

Ces observations décrivent le passé récent, et il faut être honnête sur leurs limites :

  • quelques épisodes ne font pas une loi ; le comportement peut changer à mesure que le marché mûrit ;
  • l’or lui-même n’est pas infaillible : il baisse aussi lors des crises de liquidité, et il a connu de longues périodes de stagnation ;
  • les performances passées ne préjugent pas des performances futures — ici plus qu’ailleurs, l’historique est court.

La conséquence pratique

Si vous détenez du bitcoin, il est plus prudent de le compter dans la part risquée de votre patrimoine que dans la part défensive. Le classer mentalement comme une assurance conduit à une répartition qui n’est pas celle que vous croyez.

Autrement dit : détenir 60 % d’actions et 10 % de bitcoin, ce n’est pas 60 % de risque avec 10 % de protection — c’est, en pratique, environ 70 % d’exposition au risque.

Cela ne dit rien sur l’opportunité d’en détenir : c’est une conviction personnelle. Cela dit simplement dans quelle case le ranger quand vous construisez votre répartition.

Ce qu’il faut retenir

L’or et le bitcoin partagent une rareté et une absence de rendement, mais pas un comportement. Lors des épisodes de stress récents, l’or a joué un rôle défensif tandis que le bitcoin a suivi — et amplifié — les actifs risqués.

Conséquence concrète : rangez le bitcoin dans la part risquée de votre allocation, pas dans la part protectrice. Et gardez en tête que l’historique disponible reste court.

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