Les obligations : prêter plutôt que posséder
L'obligation est présentée comme l'actif prudent du portefeuille. Elle l'est — relativement. Mais 2022 a rappelé qu'un placement obligataire peut perdre lourdement, et la raison mérite d'être comprise.
Avec une action, vous possédez une part d’entreprise. Avec une obligation, vous prêtez de l’argent — à un État, à une commune, à une entreprise — contre la promesse d’intérêts réguliers et du remboursement du capital à l’échéance.
Vous n’êtes pas copropriétaire, vous êtes créancier. Cela change tout : vous ne profitez pas de la croissance de l’emprunteur, mais vous passez avant les actionnaires s’il fait faillite.
Le mécanisme que tout le monde devrait connaître
C’est la seule chose vraiment contre-intuitive du sujet, et elle explique la plupart des mauvaises surprises.
Quand les taux d’intérêt montent, le prix des obligations existantes baisse.
La raison est simple. Vous détenez une obligation qui verse 1 % par an. Les taux montent et les nouvelles obligations versent 3 %. Plus personne ne veut de la vôtre au prix payé : pour qu’elle trouve preneur, son prix doit baisser jusqu’à ce que son rendement devienne comparable.
Deux précisions qui comptent :
- Si vous conservez jusqu’à l’échéance, vous récupérez le capital prévu : la baisse de prix n’aura été qu’un chiffre sur un relevé.
- Si vous détenez un fonds obligataire, il n’y a pas d’échéance : le fonds achète et revend en permanence, et la baisse de valeur est bien réelle.
C’est exactement ce qui s’est produit lors de la remontée rapide des taux en 2022 : des portefeuilles « prudents » ont enregistré des pertes que leurs détenteurs croyaient impossibles.
Plus l’échéance des obligations est lointaine, plus cet effet est violent. C’est la notion de sensibilité aux taux — le paramètre à regarder avant tout dans un fonds obligataire.
Les autres risques
Le risque de crédit. L’emprunteur peut ne pas rembourser. Un État solide et une entreprise fragile ne présentent pas le même risque — et c’est ce qui explique l’écart de rendement entre les deux. Un rendement obligataire nettement supérieur au marché n’est pas une aubaine : c’est le prix d’un risque supérieur.
Le risque de change. Une obligation libellée en dollars ou en euros expose un investisseur suisse aux variations de change, qui peuvent dépasser largement le rendement obtenu. Les solutions couvertes contre le risque de change existent, avec un coût.
L’inflation. Un intérêt fixe perd de sa valeur réelle si les prix montent. En Suisse, avec un renchérissement de +0,2 % en 2025, cet effet est actuellement faible — mais il n’est pas nul sur trente ans.
À quoi ça sert dans un portefeuille
Le rôle des obligations n’est pas de faire la performance : c’est d’amortir. Historiquement, elles se comportent différemment des actions dans une bonne partie des périodes de stress, ce qui réduit l’amplitude des variations d’un portefeuille mixte.
Ce rôle est réel, avec deux réserves honnêtes :
- la corrélation entre actions et obligations n’est pas stable : il existe des périodes, comme 2022, où les deux baissent ensemble ;
- amortir signifie aussi plafonner : un portefeuille très obligataire renonce à une partie du rendement de long terme.
D’où l’idée d’ajuster la part obligataire selon l’horizon : plus l’échéance approche, plus l’amortissement compte davantage que la croissance.
La fiscalité
Les intérêts sont un revenu imposable l’année de leur perception. Sur les obligations suisses, l’impôt anticipé de 35 % s’applique et se récupère par la déclaration.
La plus-value éventuelle, elle, suit le régime des gains en capital privés : en principe non imposée. Attention toutefois aux obligations à intérêt unique prédominant, qui obéissent à des règles particulières — un point à faire vérifier si vous en détenez.
Ce qu’il faut retenir
Une obligation est un prêt : intérêts réguliers, capital remboursé à l’échéance, priorité sur les actionnaires en cas de faillite.
La règle à retenir : taux qui montent, prix qui baisse — et l’effet est d’autant plus fort que l’échéance est lointaine. « Défensif » ne veut donc pas dire « sans risque », comme 2022 l’a rappelé.
Le bon dosage dépend de votre horizon et de ce que vous cherchez à amortir : c’est un arbitrage personnel, pas une règle générale.
À lire ensuite
Dans la même série : Actions, obligations, ETF, immobilier, or, crypto : qui fait quoi
- Les actions : détenir un morceau d’entreprise Ce qu'on achète réellement, d'où vient le rendement (croissance et dividendes), et la contrepartie : la volatilité, qui ne se gère qu'avec du temps. bientôt
- ETF & fonds de placement : la brique de base du particulier Diversifier en un seul achat. Gestion passive contre active, l'effet des frais sur 20 ans, et les points de vigilance (réplication, domiciliation, fiscalité). bientôt
- L’immobilier : en direct ou via des fonds Acheter un bien contre acheter de la pierre-papier. Effet de levier, illiquidité, frais et concentration du risque : deux façons très différentes de faire la même chose. bientôt