Le fonds d'urgence : le coussin à constituer avant tout le reste

C'est l'étape que presque tout le monde saute pour passer directement au placement. C'est aussi celle qui détermine si vous tiendrez votre stratégie quand les marchés baisseront.

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Un fonds d’urgence, c’est de l’argent qui ne sert à rien la plupart du temps. C’est précisément sa fonction : être là le jour où quelque chose casse, pour que vous n’ayez ni à vendre un placement au mauvais moment, ni à sortir une carte de crédit.

Pourquoi il vient avant l’investissement

L’argument habituel est celui de la sécurité. Le vrai argument est psychologique, et il est plus fort.

Un investisseur sans coussin est un investisseur qui vendra. Au premier coup dur — une voiture à remplacer, trois mois sans revenu — il devra puiser dans ses placements, et statistiquement, le coup dur arrive rarement quand les marchés sont au plus haut. Il vendra donc en baisse, transformant une perte passagère en perte définitive.

Le même investisseur avec six mois de dépenses de côté traverse le même épisode sans toucher à rien. Ses placements se rétablissent, il n’a rien décidé sous pression.

C’est pour ça que le fonds d’urgence n’est pas « l’étape ennuyeuse avant les choses sérieuses ». C’est ce qui rend la stratégie de long terme tenable.

Combien : la fourchette, et comment la corriger

L’ordre de grandeur communément retenu en planification financière est de trois à six mois de dépenses courantes.

Notez « dépenses », pas « revenus » : ce que vous devez couvrir, c’est ce qui sort chaque mois — loyer, primes, courses, transports, crédits — pas ce qui entre. Pour beaucoup de ménages, l’écart entre les deux est important.

Ensuite, corrigez la fourchette selon votre situation. Vous tirez vers trois mois si :

  • vous êtes salarié en CDI dans un secteur stable ;
  • votre ménage a deux revenus ;
  • vos charges fixes sont modestes et compressibles.

Vous tirez vers six mois, voire davantage si :

  • vous êtes indépendant — pas d’assurance-chômage au sens ordinaire, revenus irréguliers ;
  • votre ménage repose sur un seul revenu ;
  • vous avez des charges fixes lourdes et incompressibles ;
  • votre métier ou votre secteur se replace difficilement.

Trois postes spécifiquement suisses à intégrer

C’est ici que les calculateurs génériques trouvés en ligne se trompent, parce qu’ils sont pensés pour d’autres pays.

Votre franchise LAMal. Si vous avez opté pour une franchise élevée pour baisser vos primes, vous avez accepté de payer davantage en cas de pépin. Ce montant doit être disponible, sinon l’arbitrage n’était pas un arbitrage mais un pari. Ajoutez-y la quote-part.

Le délai avant les indemnités de chômage. Perdre son emploi ne déclenche pas un versement immédiat : il y a l’inscription, le traitement du dossier, et selon les situations des délais d’attente. Votre coussin doit couvrir cette zone où plus rien n’entre.

Le décalage des primes et des impôts. En Suisse, les primes d’assurance maladie et les acomptes d’impôts tombent indépendamment de vos revenus du moment. Ce sont exactement les charges qui continuent quand tout s’arrête.

Où le garder

Trois critères, dans cet ordre : disponible immédiatement, sans risque de perte en capital, séparé du compte courant.

Le compte épargne coche les trois. C’est même son meilleur usage — et le seul pour lequel sa faible rémunération n’a aucune importance, puisque cet argent n’est pas là pour rapporter mais pour être là.

Le troisième critère est le plus négligé : un coussin qui vit sur le compte courant se fait dépenser sans qu’on s’en aperçoive. Un compte distinct, avec un nom explicite, suffit à changer le comportement.

Ce qui ne convient pas : un placement en actions (peut avoir perdu 30 % le jour où vous en avez besoin), un 3ᵉ pilier (bloqué, précisément), un compte à terme sur douze mois (indisponible), et une réserve de crédit — qui n’est pas de l’épargne mais de la dette en attente.

Le constituer sans y penser

La méthode qui fonctionne est toujours la même : un virement automatique le jour de la paie, vers le compte dédié. Ce qui n’est pas passé par le compte courant ne se dépense pas.

Le montant importe moins que la régularité. Un coussin de six mois se construit en un ou deux ans à un rythme modeste, et il n’a besoin d’être constitué qu’une seule fois.

Et une fois qu’il est là : on n’y touche plus, sauf urgence réelle. Un voyage prévu n’est pas une urgence. Une chaudière qui lâche en janvier, si.

Ce qu’il faut retenir

Trois à six mois de dépenses — pas de revenus — disponibles immédiatement, sur un compte séparé. Vers trois mois si vous êtes salarié stable en couple à deux revenus, vers six ou plus si vous êtes indépendant ou seul à faire vivre le ménage.

En Suisse, pensez spécifiquement à votre franchise LAMal, au délai avant les indemnités de chômage et aux primes et acomptes qui continuent de tomber.

Ce n’est pas l’étape à passer vite pour arriver aux choses intéressantes : c’est ce qui vous permettra de ne pas vendre au pire moment.

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