Taux, inflation, franc fort : ce qui fait bouger vos placements

Il n'est pas nécessaire de suivre l'actualité économique pour bien investir. Mais comprendre quatre mécanismes évite de paniquer au mauvais moment — et de prendre des décisions coûteuses sur un titre de presse.

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1. Les taux directeurs

C’est le levier principal. La banque centrale — en Suisse, la BNS — fixe le prix de l’argent à court terme.

Quand les taux montent : emprunter coûte plus cher, les entreprises investissent moins, l’immobilier se refroidit, et les placements sans risque redeviennent attractifs — ce qui rend les actions relativement moins séduisantes. Les obligations déjà émises, elles, perdent de la valeur.

Quand les taux baissent : le mouvement inverse se produit.

Ce mécanisme explique une bonne partie des mouvements simultanés de plusieurs classes d’actifs. Il explique notamment pourquoi actions et obligations peuvent baisser ensemble lors d’une remontée rapide des taux, comme en 2022 — au grand désarroi des portefeuilles « équilibrés ».

2. L’inflation

L’inflation mesure la hausse générale des prix. Elle compte pour deux raisons.

D’abord, elle érode le pouvoir d’achat de l’argent qui ne rapporte rien. Ensuite — et c’est plus important — elle détermine la politique de la banque centrale : c’est parce que l’inflation monte que les taux montent.

En Suisse, la situation est particulière : le renchérissement annuel moyen a été de +0,2 % en 2025. L’inflation n’est donc pas, ici et maintenant, le problème central qu’elle représente ailleurs. Ce chiffre est à revérifier chaque année plutôt qu’à tenir pour acquis.

3. La croissance

Quand l’économie croît, les entreprises vendent davantage, gagnent davantage, et leur valeur tend à augmenter. Quand elle ralentit, l’inverse.

Le point à comprendre est le décalage : les marchés anticipent. Le prix d’aujourd’hui reflète ce que les investisseurs prévoient pour demain, pas ce qui s’est passé hier. C’est pourquoi une bourse peut monter pendant une mauvaise période — parce qu’elle anticipe la sortie — ou baisser alors que tout va bien.

C’est aussi pourquoi réagir à une nouvelle économique après l’avoir lue dans la presse est généralement inutile : elle est déjà dans les prix.

4. Le change, et le sujet suisse

Un sujet trop peu traité pour un investisseur en francs.

Le franc suisse a tendance à s’apprécier en période de tension, parce qu’il est recherché comme monnaie refuge. Cette solidité a une conséquence directe sur vos placements : un investissement libellé en dollars ou en euros peut perdre en francs même si sa valeur locale progresse.

Un portefeuille international qui gagne 8 % dans sa devise et subit 6 % d’appréciation du franc ne rapporte que 2 % à un résident suisse. Sur longue période, cet effet a été significatif.

Deux réponses possibles, chacune avec son coût :

  • des solutions couvertes contre le risque de change, qui neutralisent l’effet mais facturent la couverture ;
  • accepter la variation, en considérant qu’elle se compense en partie sur le long terme et qu’elle fait partie de la diversification.

Il n’y a pas de bonne réponse universelle : cela dépend de votre horizon et de la devise de vos dépenses futures.

Ce qu’il faut en faire : rien, la plupart du temps

Comprendre ces mécanismes sert à interpréter ce qui arrive, pas à anticiper.

Trois raisons de ne pas transformer cette compréhension en décisions :

Les prix intègrent déjà l’information connue. Si tout le monde sait que les taux vont monter, c’est déjà dans les cours.

Prévoir le calendrier est le point faible. Même les analyses justes sur le fond se trompent régulièrement sur le moment — et en investissement, le moment fait toute la différence.

Le coût des allers-retours est certain, alors que le gain de la prévision ne l’est pas.

L’usage raisonnable de ces notions est défensif : quand votre portefeuille baisse et que vous comprenez pourquoi, vous êtes beaucoup moins susceptible de vendre dans la panique. C’est là que la connaissance rapporte réellement.

Ce qu’il faut retenir

Quatre leviers expliquent l’essentiel : les taux directeurs (le principal), l’inflation qui les commande, la croissance que les marchés anticipent, et le change — sujet majeur pour un investisseur en francs.

L’utilité de les connaître n’est pas de prédire, c’est de comprendre ce qui vous arrive et de ne pas prendre de décision coûteuse sur un coup de peur.

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