La diversification : le seul repas gratuit de la finance
C'est le seul principe de la finance qui améliore une chose sans en dégrader une autre. Encore faut-il diversifier réellement : quatre portefeuilles sur cinq qui se croient répartis ne le sont pas.
Le principe est simple : quand vous répartissez votre argent entre des actifs qui ne réagissent pas de la même façon aux mêmes événements, les variations de l’ensemble sont plus faibles que celles de chaque partie.
Ce qui rend ce principe remarquable, c’est qu’il réduit le risque sans réduire l’espérance de rendement dans la même proportion. En finance, où presque tout est un arbitrage, c’est l’exception — d’où l’expression consacrée de « seul repas gratuit ».
Les quatre dimensions
Par classe d’actifs. Actions, obligations, immobilier, éventuellement or : ils ne réagissent pas identiquement aux taux, à la croissance ou aux crises.
Par zone géographique. Un portefeuille concentré sur un seul pays subit ses aléas politiques, économiques et démographiques.
Par secteur. La technologie, la santé, l’énergie et la finance suivent des cycles différents.
Par devise. Sujet majeur pour un investisseur suisse : le franc a tendance à s’apprécier, ce qui érode les placements libellés en devises étrangères.
Les quatre fausses diversifications
C’est ici que la plupart des portefeuilles échouent, en croyant faire le contraire.
Dix actions du même secteur. Dix titres technologiques ne font pas un portefeuille diversifié : ils montent et descendent ensemble. La diversification se mesure au comportement, pas au nombre de lignes.
Cinq fonds qui contiennent la même chose. Cinq ETF « monde », « pays développés », « grandes capitalisations », « technologie » et « ESG » se recoupent largement, souvent sur les mêmes vingt entreprises. Vous payez cinq fois des frais pour une exposition unique. Il faut regarder ce qu’il y a dedans, pas les intitulés.
Le biais domestique. Concentrer sur la Suisse parce qu’on la connaît, alors qu’elle représente une part très modeste de l’économie mondiale — et que ses grands indices sont eux-mêmes dominés par quelques entreprises.
Le cumul des risques sur sa propre tête. Le cas le plus dangereux, et le moins visible : détenir massivement les actions de son employeur. Si l’entreprise va mal, vous perdez votre emploi et votre patrimoine au même moment. Version suisse du même piège : concentrer son patrimoine sur un bien immobilier dans la région où l’on travaille.
Une précision honnête sur les limites
La diversification atténue le risque propre à un actif — une faillite, un scandale, un secteur qui décline. Elle n’élimine pas le risque de marché : quand tout baisse ensemble, un portefeuille diversifié baisse aussi.
Et les corrélations ne sont pas stables : elles ont tendance à augmenter précisément pendant les crises, c’est-à-dire au moment où l’on compterait le plus sur elles. C’est ce qui s’est vu en mars 2020, où presque tout a baissé simultanément.
Diversifier réduit l’amplitude et la probabilité d’une perte définitive. Ce n’est pas une protection contre les mauvaises années.
Ce que vous possédez déjà
Un point que beaucoup ignorent : votre patrimoine ne se limite pas à votre compte-titres.
Votre 2ᵉ pilier est un actif considérable, investi selon les principes de sécurité et de répartition des risques imposés à la prévoyance — donc déjà largement diversifié et plutôt défensif. Votre 3ᵉ pilier, votre logement si vous êtes propriétaire, et votre capacité à gagner un revenu en font aussi partie.
Un raisonnement cohérent porte sur l’ensemble. Quelqu’un dont l’essentiel du patrimoine est un bien immobilier n’a pas besoin d’ajouter beaucoup d’immobilier dans ses placements financiers, même si, pris isolément, son portefeuille de titres paraît déséquilibré.
Comment vérifier son propre portefeuille
Trois questions honnêtes :
- Si mon plus gros poste perdait la moitié de sa valeur, qu’est-ce que ça changerait ? Si la réponse est « tout », il y a un problème de concentration.
- Mes fonds contiennent-ils les mêmes entreprises ? Ouvrez la composition, pas seulement le nom.
- Est-ce que je cumule mon revenu et mon patrimoine sur le même risque ? Employeur, secteur, région.
Ce qu’il faut retenir
Diversifier réduit le risque sans coûter de rendement dans la même proportion — c’est unique en finance.
Mais la vraie diversification se mesure au comportement des actifs, pas au nombre de lignes. Les pièges les plus fréquents : plusieurs fonds qui contiennent la même chose, le biais domestique, et le cumul du revenu et du patrimoine sur le même employeur.
Et raisonnez sur tout votre patrimoine — 2ᵉ pilier et logement compris — pas seulement sur votre compte-titres.
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